Montpellier La Citoyenne (Philippe Saurel)

Le mal logement

Le nombre de logements sociaux publics sur la métropole est de 33 800, et il y avait 24 500 demandes en attente au 31 décembre 2018 ! Le délai d’attente est aujourd’hui supérieur à 2 ans.

En ce qui concerne votre commune, êtes-vous satisfait.e de la situation décrite ci-dessus, sinon quelles mesures proposez-vous pour l’améliorer ?

C’est une réalité qui exige d’élaborer des actions fortes mais qui doit être mise en perspective de l’attractivité du territoire montpelliérain : +3500 habitants/an sur Montpellier, +8000 habitants sur la Métropole.

Cette réalité démographique complexifie la problématique à laquelle il est faux de dire que des « solutions toutes faites » existent.

Avec le SCOT qui préserve les espaces naturels et agricoles, et l’obligation de projets d’aménagement qui respectent une « urbanisation écoresponsable », en les passant au crible du Manifeste de Montpellier (1er exemple : la ZAC de la Restanque), la construction de la ville sur elle-même est importante.

Par exemple, l’ANRU 2, pour la rénovation urbaine des quartiers Cévennes et Mosson, est un ambitieux projet d'(ré)aménagement de ces quartiers pour les 20 prochaines années.

La poursuite de construction de logements sociaux et en accessibilité est aussi une des réponses.

La Création du Foncière publique de Montpellier va aussi permettre de lutter contre la spéculation foncière et répondre aux besoin de projets urbains ambitieux et écoresponsables.

L’accès au logement

Des mesures existent (loi SRU, loi Elan, permis de louer, encadrement des loyers…) concernant l’accès aux logements. On constate que le prix des loyers dans le parc privé est en moyenne de 12,5€/ m2, et peut atteindre 19€/m2 pour les petits logements qui sont les plus demandés. Certaines possibilités comme l’encadrement des loyers ne semblent pas utilisées.

Ces mesures vous conviennent-elles, pensez-vous qu’il faudrait en modifier certaines, ou en proposer de nouvelles ? Lesquelles êtes-vous prêt.e à appliquer ?

L’encadrement des loyers est une mesure qui instaure des règles de limitation d’augmentation du loyer, mais il ne résout pas le prix élevé des loyers.

Il faut aussi prendre en compte les inquiétudes sur les possibles conséquences du dispositif par une fragilisation du secteur privé locatif et donc l’offre de logements.

Aussi, il faut une politique globale qui allie des actions à moyen et long terme :

-La densification de la ville

-Poursuivre le nouveau Programme Local de l’Habitat : construction, dont 36% de logements sociaux et 6% en accessibilité

-La Création du Foncière publique pour lutter contre la spéculation foncière

-Les « permis de louer » contre les marchands de sommeil : depuis 1 an, la ville préempte des logements à la vente dans les quartiers populaires pour empêcher les marchands de sommeil

-Poursuivre la mise en place de la transparence sur le suivi des dossiers demande de logement en cours de construction depuis 2018

-La réinstallation des centres sociaux CAF dans les quartiers prioritaires

-Des partenariats avec les agglomérations voisines pour un développement des entreprises et des logements « moins concentrés » sur le territoire métropolitain.

Un toit pour tous

Actuellement, des centaines de personnes et de familles avec enfants habitent dans des bidonvilles, des squats, des garages, des tentes,… sur le territoire de Montpellier. Les conditions de vie y sont difficiles et parfois non sécurisées. Les expulsions, à la fin de la trêve hivernale, accentuent cette problématique, jetant chaque année de nouvelles personnes à la rue.

Quelles actions proposez-vous pour mettre fin à ces situations, pour garantir un toit à toutes et à tous ? Envisagez-vous par exemple de réhabiliter les espaces disponibles ?

Des partenariats existent avec des associations pour accompagnés les familles précarisées dans leur quotidien, dans les difficultés de logement et dans la réinsertion. Premier interlocuteur, le CCAS est très mobilisé pour accompagner les personnes précarisées avec des dispositifs divers et innovants qui répondent aux situations et besoins spécifiques des différents publics : accès au droits, lutte contre l’isolement, accompagnement de seniors et de celles et ceux qui connaissent des accidents de la vie…

Par exemple, l’attribution l’adresse postale pour les sans domicile fixe est une première action impérative pour permettre d’engager des démarches administratives.

Le CCAS accompagne aussi les citoyens pour les demandes de RSA, de CMU, la recherche de logements d’urgence, les dossiers de demande de logements ainsi que sur le Fonds de solidarité Logement (FSL).

Un travail est aussi engagé pour la création d’un « village de transition » afin de faciliter l’insertion sociale des personnes vivant sur le site du camp de rom de Celleneuve. Si différents recours judiciaires retarde ce projet, le relogement de plusieurs familles remplissant les conditions a déjà pu être réalisé.

L’habitat indigne et la rénovation

Dans la situation de tension immobilière que vit l’aire urbaine de Montpellier, l’habitat indigne et les passoires énergétiques se multiplient, aggravent la charge financière des ménages les plus pauvres pour se chauffer, aggravent leurs problèmes de santé ou en créent d’autres et constituent un problème écologique reconnu.

Il existe un plan départemental de lutte contre l’habitat indigne. Le connaissez-vous et vous paraît-il satisfaisant ?

La réalité des difficultés démontre qu’il faut améliorer la complémentarité des collectivités.

Par exemple, le sujet les mineurs non-accompagnés, placés dans des hôtels sans accompagnement social, crée des difficultés d’insertion et des problématiques de petite délinquance pour une minorité de ces jeunes désœuvrés.

Des dispositifs sont créés pour lutter contre l’habitat indigne, comme le dispositif SLIME sur les problématiques énergétiques, ou le Centre d’Expérimentations et d’Innovation Sociale (CEIS) des services innovants pour favoriser l’insertion sociale, la gestion du budget, etc.

Envisagez-vous une incitation à la rénovation de l’habitat ancien ? Comment éviter que cette rénovation ne conduise à écarter les personnes en difficultés et à une « gentrification » par l’augmentation des loyers ?

L’engagement de l’ANRU 2 pour la rénovation urbaine des quartiers Cévennes et Mosson est un exemple fort de la rénovation complète de quartier. La création de la Maison du projet de renouvellement urbain de La Paillade permet de mieux comprendre les besoins, expliquer le projet pour mieux co-construire avec les habitants.

L’accompagnement financier des rénovations énergétiques, à travers le FUC doit aussi participer à une amélioration de la qualité des logements tout en limitant engagements financiers des petits propriétaires et les dépenses d’énergies des locataires

Comment favoriser la lutte contre les passoires énergétiques ?

Poursuivre le développement du Service local d’intervention pour la maîtrise de l’énergie (SLIME), dispositif créé par le CCAS (et primé par un Territoria d’argent en 2019) qui accompagne les familles modestes

Développer les actions pour la rénovation thermique des logements, notamment pour les ménages modestes, avec le déploiement du Fonds d’Urgence Climatique et qui mobilise 15M€ pour l’accompagnement des rénovations des logements et le développement des énergies renouvelables.

Quelles mesures vous engagez-vous à prendre afin de faciliter l’accès au logement pour les personnes en situation de handicap ?

L’accès à la mobilité pour les personnes en situation de handicap doit se penser sur le logement, avec la construction de logements en accessibilité, mais aussi dans le cadre d’une véritable politique inclusive dans la ville (accessibilité des bâtiments publics, commerces, transports, déploiement de 30 toilettes publiques accessible PMR…)

La Commission Communale pour l’Accessibilité (services Ville et associations) travaille à des solutions concrètes et pérennes.

C’est aussi le sens de l’engagement pour « l’accessibilité universelle » et des actions « Handi’com » ou « Handi’Culture »

Mobilité

Vu les problèmes de prix des loyers, les personnes habitent de plus en plus loin de leur lieu de travail. Dans un contexte d’urgence climatique il nous paraît essentiel de développer des systèmes de transports alternatifs à la voiture individuelle et accessible à tous.

Quelles mesures proposez-vous ?

Comme beaucoup de sujets, la mobilité doit se penser dans une vision transversale et globale. C’est le sens du Manifeste de Montpellier, qui est un outil concret pour bâtir la ville écologique et humaniste, c’est-à-dire une ville durable pour le respect de notre environnement et un espace de « bien vivre » et d’épanouissement.

Aussi, voici des mesures qui poursuivent ce qui est engagé :

-Tarification solidaire des transports (par la prise en compte du quotient familial)

-Poursuite du déploiement du Plan vélo voté en 2018 (80M€ sur 10ans)

-Développement du réseau de tramway : ligne 5, ligne 1 vers Zénith/Grammont et ligne 6

-Renforcement de l’offre transport et des fréquences : 10 nouveaux bus électriques + 51 bus à hydrogène

-Mise en place de parking relais attractifs

-Élargissement des zones 30

-Agrandissement de la zone piétonne

-Poursuite de développement de la logistique propre « du dernier kilomètre » dans le cadre de la Zone à Faible Émission

-La poursuite de partenariats avec les agglomérations voisines pour un développement plus équilibré entres les différents territoires de notre bassin de vie.

AirBNB

Dans un contexte de tension du marché du logement, le non-respect des règles initiales de AirBNB (résidence principale, nombre limité de nuitées/an) constitue une grave anomalie, favorisant des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général.

Quels arrêtés municipaux prendrez-vous éventuellement ?

Depuis le mois de décembre 2019, un décret oblige les plateformes de location d’hébergement en ligne à communiquer des informations aux mairies des grandes villes liées relatives aux locations effectuées.

Il y a encore peu de recul sur ces nouveaux moyens, mais une réflexion est engagé avec les professionnels du tourisme sur une analyse de ces données, afin d’élaborer des réponses possibles et adéquates pour éviter un éventuel « détournement » de l’usage et les répercussions éventuelles sur les problématiques de logement pour les citoyens.

Innovations

Des innovations sont nécessaires en matière de logement pour répondre à des aspirations nouvelles (habitats écologiques, habitats partagés, solidarités intergénérationnelles, occupations intercalaires, office foncier solidaire…)

Quelles innovations proposez-vous en matière de logement?

-La Création du Foncière publique de Montpellier pour lutter contre la spéculation foncière

-La poursuite du PLH pour une augmentation des logement sociaux et en accessibilité

-Le renforcement du soutien à l’habitat participatif et aux projets pour un habitat responsable

-La création d’habitats participatifs et solidaires pour les familles monoparentales, retraités actifs, étudiants et jeunes actifs

-La poursuite du développement des colocations étudiantes dans les EHPAD municipaux

-La création d’un nouvel EHPAD municipal

-La création d’un nouvel accueil de jour pour les femmes et enfants victimes de violence

-Le passage de tout projet urbain au crible des objectifs environnementaux et sociaux du Manifeste de Montpellier

Habitat et climat

Le réchauffement climatique (montée des eaux, phénomènes violents et canicules…) aggrave la situation de l’habitat notamment pour les plus précaires.

En matière de logement, quelles mesures proposez-vous face au réchauffement climatique?

-Le SCOT préserve 2/3 des espaces agricoles et naturels sur la Métropole

-La poursuite de la « Montpellier cité jardin » (plantation d’arbres, permis de végétaliser, création de parc),

– Création du corridor vert le long des autoroute

-Un urbanisme écoresponsable avec l’application à tous les projets urbains des objectifs du Manifeste de Montpellier

-Avec la Déclaration d’Urgence Climatique votée à l’unanimité en juillet 2019, il y a la création du Fonds d’Urgence Climatique (qui mobilise 15M€). Il y aura un appel à projet pour accompagner les rénovations thermiques, le déploiement des énergies renouvelables, la logistique propre, etc.

-La création d’un service public de l’Energie pour une production d’énergie locale, renouvelable et aux tarifs maîtrisés

Coopération avec notre initiative

Nos associations ont développé une expertise sur ces sujets et ont des propositions concrètes, quelle collaboration envisagez-vous avec nous ?

Les échanges avec les différents acteurs locaux et les habitants permettent d’élaborer des diagnostics en adéquation avec la réalité vécue, et d’imaginer les solutions qui répondent au mieux aux besoins locaux.

L’exemple des réunions publiques sur la ligne 5 du tramway, du travail engagé sur les problématiques du handicap, ou avec l’association Vélocité pour la construction concrète du projet de la politique cyclable, démontrent de la volonté de mettre les compétences et les expériences au service du développement de la ville plus juste, plus citoyenne, plus écologique, plus humaniste.

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